Label marocanité : Une chamaille tronquée

C’est devant un parterre de journalistes, que ce puissant propos royal fut déclamé en 1958. Galvaudé à satiété depuis, cet aphorisme  a fini par égarer son sens premier pour mieux opérer une inversion des adjectifs. Au nom d’une certaine conception de liberté d’expression, cette formule va progressivement muter pour finir comme un furieux malentendu : «l’information est libre, le commentaire est sacré». Certains, et c’est une marque de fabrique d’une partie de  presse qui s’autoproclame indépendante, entendent hisser cette sacralité, philosophique il faut le dire, au niveau de la sacralité qui entoure l’institution monarchique, qui est elle constitutionnelle. En effet, la constitution, clé de voûte du système marocain, consacre, dans son article 23 «la personne du Roi» comme «inviolable et sacrée». Elle dit, sous réserve de précision par des constitutionnalistes «la personne du Roi» et non pas ses idées ou ses actes politiques qui demeurent passibles de commentaires et opinions. Sans nécessairement verser dans la hiérarchie artificielle des sacralités, y aurait-il une chose plus personnelle, plus intime, plus privée que la maladie d’un être humain, aussi puissant soit-il ? Le communiqué de la clinique royale du 26 août, vigoureux élément de modernité politique, aurait pu suffire en lui-même. La complotite, maladive et vénéneuse, de ceux qui, habitués à faire commerce avec l’image du Souverain, sujet porteur et vendeur, les égare parfois dans des spéculations qui frisent le délit de presse. Ce qui fait donc débat, ce n’est la hiérarchie des sacralités ou leur conflit. Le sujet touche, pour l’essentiel, à la question du traitement d’une information avec ses possibles prolongements mensongers que la justice aura à définir. La Constitution, la même, garantit, selon son article 9, la liberté d’expression et d’opinion comme des libertés fondamentales. La loi et le Code de la presse entourent cette liberté par des règles strictes. Il revient donc à la justice de trancher ce type de question avec le souci scrupuleux du respect du code de la procédure. Il est du droit d’un journaliste de protéger ses sources. Il revient, et c’est aussi simple que cela,  au juge de lui demander de les révéler, sans quoi il y a obstruction à l’action de la justice. La forme ici est aussi importante, si ce n’est plus, que le fond. On ne répond pas à un non-respect de la déontologie journalistique par une négation du code de la procédure. L’excès obtus des uns ne doit pas générer le zèle pavlovien et sécuritaire des autres. Car c’est notre pacte social et ses avancées qui en sortent, à chaque fois, blessés.

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