Éditorial

En terre d’Islam, une tradition noble et bienveillante stipule qu’il faut hâter l’enterrement des morts. «Hâtez-vous d’enterrer vos morts !», dit-on. Cette bienveillance vise, si l’on réfléchit bien, les morts et les vivants. Ou plutôt les survivants. Certainement, dans la canicule de l’Arabie radieuse, et comme partout ailleurs dans le vaste monde, la décomposition — une dure loi (dura lex) — est l’ennemi numéro un du cadavre, un être qui n’est plus. Quelle attention particulière prodiguer à un défunt que de protéger son intégrité éphémère et son image aux yeux de ceux qui l’aiment, en accélérant sa mise sous terre, son départ effectif vers son Créateur. La douleur des survivants est abrégée en faisant diligence au cher disparu. Ce qui inspire ces réflexions morbides n’est pas, comme certains de mes amis le craignent, un retour radical du religieux chez un être qui doute, mais bel et bien une prise de conscience politique de l’état de notre gouvernement. Il est mort. Sa décomposition avance. Pourquoi doit-on, alors, contre le bons sens religieux et nos préceptes culturels les plus consensuels, différer ses funérailles ? Quel croyant peut-il décemment refuser la joie infinie du retour à Dieu? Aucun gouvernement, arrivé aussi vite à son terme politique, ne peut attendre la délivrance au-delà de ce qui est supportable. 2012 dit-on ! Mais pourquoi attendre cette date théorique alors que la seule «générosité» que l’on peut offrir à un mort est de l’enterrer avec célérité. Le propre de la pensée morbide n’est-il pas de défier la mort ? La pensée politique, elle, chez nous, défie davantage que la mort, la vie.

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