Faux pacha, vrai escroc

Nous sommes à Tétouan. La salle d’audience à la Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance est archicomble. L’un des mis en cause qui se tenaient dans le box des accusés n’est pas comme les autres. Au moins parce qu’il est fonctionnaire au Pachalik de la « Colombe Blanche ». Il s’agit de Fouad, quadragénaire et père de famille, poursuivi en état d’arrestation pour escroquerie.
«M. le président, je n’ai arnaqué personne, c’est un coup monté par mes ennemis», a déclaré Fouad quand le président lui a rappelé l’accusation. Qui a monté ce coup ? Et pourquoi ? Fouad n’avait pas de réponse convaincante.
Le procès-verbal souligne que sa dernière victime était un commerçant de biens d’ameublement.
«J’étais à mon commerce quand Fouad est arrivé chez moi pour se présenter comme la main droite du pacha…», a affirmé la victime qui a expliqué n’avoir jamais vu Fouad. Bien habillé, ce dernier lui a demandé de lui choisir un téléviseur et un récepteur numérique. Le commerçant l’a bien accueilli et lui a demandé de prendre ce que le pacha désirait.
«Il m’a dit que le pacha ne profitait pas de son autorité et qu’il allait me payer», a expliqué la victime. Celui-ci lui a emballé la marchandise. Fouad lui a signé un chèque de quatre mille dirhams. Le lendemain, le commerçant est allé à la banque pour l’encaisser. Et c’était la surprise : le chèque est en bois. Il n’a pas pu croire que le compte du pacha soit sans provision. Ce qui a mis la puce à son oreille et l’a encouragé à aller déposer plainte auprès de la police. La machine judiciaire s’est mise en branle et Fouad a été arrêté. Il ne pouvait rien dire devant un chèque en bois. Et pourtant, il a tenté de se disculper en prétendant n’avoir jamais fait croire au commerçant que la marchandise était acquise pour le compte du Pacha. «J’ai acheté la marchandise pour moi et je lui ai signé le chèque en mon nom…», a-t-il affirmé au tribunal.
Le commerçant a récupéré la marchandise qui a été saisie chez Fouad par les éléments de la police judiciaire. Lors des investigations, ces derniers ont découvert d’autres plaintes déposées contre le suspect. Entre autres, cette plainte intentée par un Casablancais qui venait de perdre cinq mille dirhams empochés par Fouad. Demeurant à Casablanca, il n’avait le droit de voyager vers Sebta que muni d’un visa, contrairement aux Tétouanais qui doivent juste justifier de passeports portant une adresse à Tétouan. Pour y accéder sans visa, Fouad lui a proposé de lui falsifier une attestation de résidence, lui permettant un passeport portant une adresse à Tétouan.
Une bonne idée qui a coûté cinq mille dirhams au Casablancais qui a versé la somme sans jamais avoir obtenu l’attestation de résidence. En se faisant passer pour un fonctionnaire proche du pacha, Fouad n’a pas cessé de mettre d’autres victimes dans ses filets. Il a promis à Abdellah de gagner le marché de la gestion des toilettes publiques situées à la gare routière de la ville contre une somme de dix mille dirhams. Abdellah est passé à la caisse, mais il n’a jamais rien eu en retour.
Une dizaine d’autres victimes ont déposé des plaintes contre l’escroc après son arrestation. À chaque victime, Fouad promettait une solution contre une somme d’argent. Des promesses qu’il n’a jamais tenues. Et pourtant, il a continué à clamer son innocence devant le tribunal qui l’a condamné, après les délibérations, à huit mois de prison ferme.

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