Les parents revendiquent 30 millions d’euros

Les parents revendiquent 30 millions d’euros

Des parents des 103 enfants que L’Arche de Zoé voulait emmener du Tchad vers la France ont accusé, lundi, devant la Cour criminelle de N’Djamena, les membres français de l’association jugés pour "tentative d’enlèvement" d’avoir "volé" leurs petits.
 L’un des pères a réclamé, au nom des autres, 200 millions de francs CFA (304.000 euros) de dommages et intérêt pour chacun des 103 enfants, qui n’ont toujours pas été remis aux parents.
 A l’ouverture de l’audience, les six Français de l’association, ainsi que les trois Tchadiens et le Soudanais qui comparaissent avec eux pour "complicité", sont dans le box avec le colonel tchadien Mahamat Eritero : considéré par l’Arche de Zoé comme l’un de ses principaux intermédiaires, ce dernier avait été placé en garde à vue samedi après avoir été entendu par la Cour comme simple témoin.
Les Français ont l’air moins détendus que samedi. L’infirmière Nadia Merimi, victime d’un léger malaise, a été évacuée à la mi-journée vers la base militaire française de N’Djamena.
Au troisième jour du procès, la question seulement effleurée jusqu’ici de l’exfiltration avortée, le 25 octobre, des enfants à l’insu des personnes qui les ont confiés à l’association, s’invite dans les débats par la voix des représentants des familles.
Mais comme depuis l’ouverture du procès, la défense tente d’esquiver le sujet pour revenir à la charge avec son thème de prédilection, réaffirmant que les enfants avaient été présentés à l’Arche de Zoé par ses intermédiaires locaux comme des orphelins du Darfour, région soudanaise voisine en guerre civile.
Les cinq pères entendus à la barre assurent pourtant être Tchadiens et n’avoir jamais su que l’association recherchait des orphelins soudanais.
«Les Blancs ont volé les enfants pour les emmener en France», a ainsi lancé un père qui a confié l’un de ses fils à deux intermédiaires à Tiné, ville frontalière du Soudan. «On nous disait qu’ils allaient les mettre à l’école à Abéché (est). Ils ont trompé notre confiance pour voler les enfants».
Les récits des parents, dont les propos en dialecte sont traduits par un interprète, sont similaires. Un père, vêtu d’une djellaba et d’une toque blanches, raconte avoir confié ses enfants au marabout soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, jugé pour «complicité d’enlèvement» et accusé par le président de l’Arche de Zoé Eric Breteau d’avoir menti en présentant les enfants comme des orphelins du Darfour.
«Souleïmane a emmené les enfants dans une charrette vers Adré (autre ville frontalière) pour les scolariser. Mais quand nous sommes allés les voir à Adré, ils étaient déjà partis à Abéché», témoigne-t-il. «Les avoir emmenés à Abéché est déjà contraire à ce qu’ils avaient promis.
C’est du vol d’enfants», tranche aussitôt un avocat des parties civiles.
La défense revient alors sur la nationalité et la filiation des enfants, dont les Français sont accusés d’avoir ""compromis l’état civil». Avec insistance, Me Gilbert Collard demande à un père s’il dispose des actes de naissance de ses enfants.
«Non», répond celui-ci.
«Comment peut-on compromettre un état civil quand il n’y en a pas», s’exclame alors l’avocat français, immédiatement recadré par les magistrats de la Cour qui s’emploient à lui expliquer que, dans les «régions reculées» dont sont originaires ces familles, l’acte de naissance est un document très rare. «Je suis surpris que la défense devienne aussi légaliste alors que les enfants allaient être emmenés en France sans aucune autorisation», rétorque le procureur général Beassoum Ben Ngassoro.
«De la même façon, nous demandons à la défense de présenter les actes de décès attestant que les enfants sont orphelins», renchérit un avocat des parties civiles.

• Francesco Fontemaggi (AFP)

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