«Baou», une pièce qui ancre la culture amazighe

«Baou», une pièce qui ancre la culture amazighe

Le complexe culturel de Jerada a abrité, dimanche 26 février, la présentation de la pièce de théâtre «Baou». Un travail réalisé par la troupe «Rif pour le théâtre amazigh d’Al-Hoceima» et qui s’inscrit dans le cadre de la préservation de la mémoire historique et artistique par l’art. Un spectacle financé par le programme de réparation communautaire en faveur des régions touchées par les violations des droits de l’Homme, en partenariat avec le Conseil national des droits de l’Homme, la fondation CDG, la délégation UE au Maroc, le ministère de la culture et la délégation régionale de la culture de l’Oriental.
«Baou» (la fève), une pièce de théâtre en tournée à travers plusieurs villes du Royaume, est écrite par le dramaturge Laâziz Ibrahimi avec une mise en scène de Youssef El Aarkoubi et une scénographie de Mouhsine Bouzambou. L’interprétation est assurée par une dizaine de comédiens.
«Baou» est une pièce qui puise sa thématique de la diversité socioculturelle du Rif : panoplie de chansons populaires exécutées à l’unisson ou en solo par des comédiens rodés au chant traditionnel, débats sur fond de préoccupations quotidiennes, l’éternel rapport belles-mères/belles-filles, chagrin d’amour, etc. Cet ensemble de thématiques se développe en parallèle avec la toile de fond et qui se rapporte à un mariage déchiré par l’enlèvement du mari à cause de ses prises de position politiques. Approche qui tout en progressant par prolepses se veut palimpseste à multiples écritures et surtout talisman curatif orienté vers un futur prospère. Le fait d’exprimer des attentes prématurément afin de suggérer, par anticipation, ce qui peut arriver est une astuce qui a permis à l’auteur de la pièce de palper l’Histoire pour proposer un message d’espoir. A mi-chemin entre le témoignage et le fictif, le jeu de scène a conféré à la pièce sa spécificité artistique.
La pièce s’ouvre sur une chorégraphie regroupant quatre femmes et quatre hommes dansant sur les airs de «Ralla Bouya», l’éternel refrain rifain. Au milieu, «Isri», le marié, semble emporté par une transe d’extase hypnotique. Deux hommes débarquèrent et l’arrêtèrent pour des interrogatoires interminables. Commença alors l’attente de «tassrit» la mariée qui doit attendre son homme qui ne reviendra jamais. Seule consolation, l’enfant qui naîtra et qui fera perdurer leur amour.
«Le recours à cette technique m’a permis d’évoquer des préoccupations qui ont marqué la pensée au Rif durant un certain temps. C’est aussi pour démontrer que l’espoir en un avenir meilleur est un exercice de longue haleine qui implique tout un chacun», a déclaré à ALM l’auteur de la pièce.
Sur le plan de la mise en scène, cette dramaturgie a eu recours à un décor des plus simples. Une toile de fond à couleur sombre avec des écritures en Tifinagh pour ancrer l’espace. Aussi pour valoriser l’habit local et ses couleurs vives. L’éclairage alternait ombre et lumière vu la densité des thèmes débattus tout en culminant vers un éclairage total à la fin de la pièce. Précisons par ailleurs que la troupe Rif pour le théâtre amazigh, qui a été constituée en 2003, a déjà présenté neuf pièces et prépare un dixième travail pour cet été. La pièce qu’elle vient de jouer à Jerada sera aussi présentée à El Hajeb, Rabat et Targuist au cours des mois de mars et d’avril.

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